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Ce jour là, nous ressentions pour les premières fois l’excitation profonde que seul le danger peut créer. Nous le savions, l’enjeu était un pile ou face mortel. Est-ce que notre école, cette année, voulait faire plaisir à ses petits élèves ? Et alors, nous étions comme bénis par un trio divin de frites, burgers et bûches au chocolat et des liesses de bonheur s’en suivaient. Ou est-ce que le geôlier pervers de notre jeunesse fleurie n’était-il pas plutôt porté, cette année, sur l’élévation de nos goûts ? Et alors, notre éréthisme se dégonflait d’un coup devant le carnage culinaire « distingué » que nous avait mijoté le prestataire industriel, anonyme et cupide que notre école avait choisi. Dans nos pâles assiettes, s’étalaient alors des tranches de viande scandinave provenant d’animaux dont nous ne savions pas même dessiner les contours et accommodés de choux de Bruxelles amers. Des frites ou du caribou ? Voilà le programme éducatif qui nous construisit.
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