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Les torpilles russes semblant menacer tout ce qui flotte, Mathias a dû cesser de compter sur les moyens maritimes pour approvisionner nos friteuses de luxe en huile de tournesol. Car il semble loin le temps pacifique où les marins solitaires s’échappaient de Marioupol, glissant hors du port, hors de la nuit sur leur tanker rempli d’huile, et laissant derrière eux sur le corps de l’amant(e) endormi(e) les traces de quelques baisers maladroits. Alors Mathias traque inlassablement les quelques braves camions qui perforent le voile nuiteux, armés de maigres cargaisons qu’il négociera tel un dealer de kétamine sur un marché devenu presque noir. Dans les champs d’Ukraine, le vent fouettant les terres abandonnées a remplacé le geste auguste du semeur et de la semeuse, et bientôt, les stocks seront épuisés. Le printemps estival français a asséché le jeune colza éliminant notre principal plan b. L’Indonésie, grand et surprenant exportateur, s’apprête à fermer ses frontières pour éviter une guerre civile. Notre stock de chapelure asiatique, principal ingrédient de notre addictif burger Atomic, attend à Shanghai face au plus grand traffic jam naval de l’histoire des temps.
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