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Pour notre premier kebab, nous n’avions que 15 ans et nous n’étions encore que des garçons rêveurs. Avec quelques euros en poche, nous goutions à la liberté, sur une table en formica usé, un ami dans le coin et un ciné pas très loin. Le temps d’une soirée, la harissa nous fouettait le sang et la vie s’étalait devant nous. Quelques années plus tard, à Berlin, noyés dans les nappes de techno et les médicaments, on traversait les nuits. Aux petits matins, quand les archipels d’étoiles s’effaçaient dans le ciel rose, nous reprenions nos forces, le pain enfariné et moelleux du kebab entre les mains, les yeux fatigués et l’âme lavée. Puis nos voyages dans les pays d’Orient, là où la lune recueille l’étoile dans son croissant coupelle. Assis sur une chaise en plastique rose, au milieu du trottoir défoncé, on goûtait au paradis quand la viande, grillée sur des charbons brûlants, rencontrait nos papilles affamées. Enfin, attablés avec M. Yilmaz, méga kébabier de la rue du Faubourg Saint-Denis, le thé brûlant dans de petits verres ébréchés et la radio kurde dans les airs, on tapait dans la main notre premier achat de fonds de commerce. Quelques mois plus tard, nous accrochions les initiales des villes lumières sur notre devanture et PNY prenait vie. Alors, quand on a rencontré les deux IT girls de Sauce Blanche, Mathilde et Sophie, qui allument des synthés Moog entre deux broches de kebab, on a vu notre vie défiler. Nos deux amours : la bouffe, le son. On ne pouvait pas résister. On a fait une recette de burger-kebab avec les filles et notre chef Nico national.
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